BRETON (André). Bel et important tapuscrit…

Lot 15
1 500 - 2 000 €

BRETON (André). Bel et important tapuscrit…

BRETON (André). Bel et important tapuscrit signé "André Breton au stylo, Paris, 11 septembre 1960, 1 p. ¼ sur 2 ff. in-4.


Violent texte contre Jean Cocteau qu’on voulait élire Prince des Poètes :


"On sait que, considérant ce que les prétentions de Cocteau à se faire passer pour un poète avaient manifestement d’abusif, d’un commun accord, à partir de 1920 environ, des poètes tels qu’Aragon, Breton, Soupault, Tzara, Eluard, Péret, Desnos, Artaud, Prévert, Char (et d'autres, depuis) s’étaient promis de ne jamais s’occuper de lui, de ne réagir sous aucun prétexte à sa gesticulation, fût-elle provocante. A distance on peut admettre que ce silence a fait son jeu. Aussi n’est-il pas trop tard pour le rompre.


Tous ceux qui ont connu Apollinaire l’ont entendu dire que c’est Cocteau qu'il a dépeint (lyriquement cela va sans dire) sous les traits du fapoîte Paponat ("fapoîte" : contradiction de faux poète[souligné], Apollinaire spécifiait qu’il fallait entendre par là anti-poète[souligné] et l’ouvrage le désigne clairement comme l’ennemi n°1[souligné]). Il n’y a qu’à en appeler au témoignage d’Aragon, de Breton et de Soupault. […] Pourquoi Cocteau doit-il être regardé comme l’anti-poète ? Parce que chez lui la mécanique de l’image, qui donne la mesure de la capacité poétique, fonctionne constamment à rebours […]. Parce qu’en outre le contenu de sa versification, sans qu’il soit besoin de recourir à la psychanalyse, se ramène aux propositions qu’on lit dans les urinoirs […] S'il doit être regardé comme l'anti-poète, c'est aussi parce que sa complexion est celle de l’imposteur-type[souligné], du tricheur-né. Son astuce […] a toujours été de vouloir passer l'anti-conformisme pour le conformisme et inversement […] Que le Sieur Cocteau soit élu Prince des poètes en 1960 […] serait beaucoup plus grave que si Edmond Rostand, faiseur de même acabit mais sans rien d’équivoque, l’avait été en 1912. […]"


"L'affaire du Prince des poètes, en 1960, n'en finit pas d'agiter le Landerneau poétique. Saint-John Perse s'est désisté, et il a de surcroît reçu le Prix Nobel ; Cocteau a accepté, mais son "élection" n'est pas reconnue par tous, et les surréalistes en particulier y voient une sorte d'usurpation. Quant à Breton, qui d'après le décompte présenté ici apparaît comme un challenger, il se retire officiellement d'une course à laquelle il n'a jamais admis explicitement avoir participé... Le tract ci-joint, signé de Paulhan, Gracq, Pieyre de Mandiargues, Breton, Soupault, Ponge et Ungaretti, prend valeur d'une sorte de point de vue officiel, regroupant les personnalités les plus représentatives ; il entérine l'idée d'un abandon du projet." site Atelier André Breton, 2005, à propos du tract du 15 novembre 1960 relatif à l'élection de prince des poètes dont Saint John Perse venait de refuser le titre.


Le titre de Prince des poètes (élu par ses pairs) fut attribué Clément Marot et à Ronsard avant d'être remis au goût du jour à la fin du XIXe siècle (Leconte de Lisle, Verlaine, Mallarmé, etc.). Le titre fut soumis au vote à la mort de Paul Fort en 1960 et suscitera donc moult débats. Cocteau fut finalement élu, en même temps de J. Supervielle (qui mourra quelques jours après son élection).


L'intransigeant André Breton a, dès leur première entrevue en 1918, voué une haine féroce envers Cocteau, qu'il juge être le parangon de la mondanité et de la superficialité. Il le désigne dans une lettre à Tristan Tzara du 26 décembre 1919 comme "l’être le plus haïssable de ce temps". Cocteau deviendra ainsi la victime favorite du groupe surréaliste comme en témoigne ce texte écrit plus de 40 ans après leur rencontre !
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