ARAGON (Louis). Manuscrit autographe signé…

Lot 2
1 500 - 2 500 €

ARAGON (Louis). Manuscrit autographe signé…

ARAGON (Louis). Manuscrit autographe signé "Aragon", slnd, 5 pp. in-4, intitulé "Laissons parler nos couleurs", à l'encre bleue, avec biffures et corrections : "C'est une chose extraordinaire que l'amour de la peinture en France, et qui donne un peu le vertige. Le XIXe siècle l'y a déjà porté plus haut que jamais, et en donner explication historique ne va pas sans risque de tomber dans le sociologisme vulgaire […] où trouver cette explication mieux que dans le développement propre à ce siècle de sentiments nouveaux, qui semblent extérieurs à la peinture, mais qu'on retrouve fortement exprimés dans la peinture française d'alors ? Or le XIXe siècle est celui où le sentiment national, toujours puissant dans les époques de crise, les malheurs du pays, prend son vrai visage populaire, avec le patriotisme, idée nouvelle comme celle du bonheur, et comme elle issue de la Grande Révolution. […] Dans l'immense clameur de l'art où, de l'héritage de David au romantisme, de l'ingrisme au cézannisme, tant de problèmes se débattent, passionnent, laissant derrière eux plus d'oeuvres marquantes que les meilleures années de la Renaissance italienne (et ce siècle n'est-ce pas Géricault, Delacroix, Courbet, Manet, Seurat ?), deux grandes écoles du paysage se succèdent, Barbizon et l'impressionnisme… où comme jamais se sont exprimés la tendresse du ciel français, le parfum de sa terre, ses floraisons, ses lumières. C'est dans ce même siècle où les trois couleurs du drapeau exprimaient enfin l'unité française […] sans doute est-ce avant tout que les grandes idées de France, celles des Encyclopédistes et des Communards, le soleil de Valmy et le Paris insurgé de 44, précèdent ces acteurs ou ces touristes, mais pour quelle part aussi n'est-ce pas cette beauté des couleurs, ce jeu de lueurs, ce chant des yeux qui est Poussin, Watteau ou Cézanne qui leur ont préparé ce chemin ? Parce qu'aux peuples d'ailleurs, avec les chansons et les victoires de la liberté, nos peintres ont appris charnellement la France, et demeurent sans doute les vrais ambassadeurs de notre ciel, de nos rêves, de ce qui monte enfin des êtres de sang et d'amour, de la vie tant menacée, de ce qui est nos femmes, notre enfance, nos raisons pareilles aux raisons de tous les hommes de se prendre les mains et de haïr la mort […] Voici le moment du monde où il semble que les vents dévastateurs aient chance de s'apaiser, et l'on entend déjà le bruit annonciateur du printemps des peuples […] Il faut laisser faire les images. Les mots sont trop bruyants. Voilà, les tableaux devant lesquels à Leningrad, s'arrêtent, songeurs, des étudiants, des Kolkhoziens, des gens venus des hauts plateaux du Pamir, du Toit du Monde… des amoureux, et des philosophes… tout ce dont est fait un monde. Laissons parler nos couleurs."


Beau et important texte sur le patriotisme pictural qui prend sa source au XIXe s. et sur les rapports entre la France et la Russie en particulier et la paix entre pays de façon générale à travers le prisme de la peinture, des musées et de la culture. Il a été publié dans France-URSS n°122, novembre 1955.
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