Office de la Semaine Sainte en Latin & en…

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Office de la Semaine Sainte en Latin & en…

Office de la Semaine Sainte en Latin & en François à l'usage de Rome et de Paris. (…) Dédié à la Reine pour l'usage de sa Maison. Paris, Veuve Mazières & J. B. Garnier, 1728.

In-8 de (4) ff., xxvi, 729, (1) pp. Titre gravé et 3 figures H/T. par J. B. Scotin.
Maroquin rouge de l'époque, dos à nerfs aux caissons ornés de fleurs de lys, titre doré, plats orné d'un beau décor doré à la fanfare avec armes dorées en leur centre, roulette dorée sur les coupes et les chasses, tranches dorées (conservée dans un coffret XIXe s.). Aux armes de Marie Leszczynska (1703-1768), Reine de France, épouse de Louis XV, grand-mère de Louis XVI et de Madame Elizabeth. Coiffes, mors et coupes frottés ; lég. rousseurs éparses.

PRÉCIEUX EXEMPLAIRE AYANT ACCOMPAGNÉ MARIE-ANTOINETTE ET LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE, émouvant et très rare souvenir de leur captivité.

Note manuscrite (c. 1850) d'Anatole de Coëtlogon (1820-1870) sur le premier feuillet de garde :
"Ce livre a été donné à Madame la Vicomtesse de Clugny par Monsieur de La Garde, qui étant de service au temple (garde national) lorsque la Reine Marie-Antoinette fut conduite à l'échafaud[,] conserva ce livre dont elle s'était servie pendant sa captivité."
Cachet ex-libris à l'encre rouge avec couronne comtale d'Anatole de Coëtlogon sous cette note manuscrite et en haut du titre gravé. Le comte Anatole de COËTLOGON (1820-1869) était un généalogiste, héraldiste et historien reconnu (on lui doit notamment un ouvrage de référence sur les armoiries de la ville de Paris). On retrouve ce même cachet ex-libris sur les ouvrages provenant de sa bibliothèque et sur les archives de la famille qu’il étudia de façon approfondie. La Vicomtesse de Clugny mentionnée dans sa note n’était autre que la propre grand-mère maternelle d’Anatole de Coëtlogon ; l’époux de cette dernière, le Vicomte Charles Antoine de CLUGNY (1755-1829) était un ardent défenseur de la Couronne pendant les troubles révolutionnaires : il fit partie de la société des chevaliers des poignards (qui organisèrent plusieurs tentatives d’évasion de la famille royale des Tuileries) et se vit contraint d’émigrer fin 1791.

Cette Semaine Sainte fut offerte par Anatole de Coëtlogon au comte de CHAMBORD (Henri d’Artois, 1820-1883, petit-neveu de Louis XVI, prétendant légitimiste au Trône), comme l’atteste une lettre du duc de Lévis, conseiller du comte de Chambord, remerciant, au nom de ce dernier, le comte de Coëtlogon pour l’envoi du « si précieux souvenir » (lettre datée de Venise, le 22 janvier 1853) :
« Le duc de Lévis fait ici allusion à une Semaine Sainte ayant appartenu à la Reine Marie-Antoinette, qui servit à cette Princesse pendant son séjour au Temple et que Mr de la Garde de service à cette prison comme garde national le jour où elle la quitta pour aller à la Conciergerie, donna plus tard à Mme la Vicomtesse de Cluny, aïeule de Mr de Coëtlogon. Celui-ci l'offrit au comte de Chambord en même temps que la Brochure qu'il venait de faire paraître. Cette Semaine Sainte dont la reliure est en maroquin rouge et semée de fleurs de lys d'or, portant les armes de France accolées de Lezinski (famille de la Reine, femme de Louis XV) présentait cette particularité remarquable qu'abandonnée à elle-même elle s'ouvrait toujours aux pages 138, 310, 364 et ces pages par leur contenu montrent qu'elles devaient être celles que la Reine lisait en effet le plus souvent. » Archives de l'Histoire de la Maison de Coëtlogon, chap. XVII, p. 582-593).
Cette dernière particularité a en partie disparu avec le temps (le livre ayant été conservé près de deux siècles, fermé, dans son écrin), à l’exception de la page 310, dans laquelle Marie-Antoinette et sa famille semblent avoir particulièrement et pertinemment trouvé refuge : « Triste état où Jésus-Christ passe trois heures ! (…) À peine est-il élevé à la vue de tout ce peuple, qu'il est insulté, & chargé de toutes parts de malédictions et de reproches. Dans cette extrêmité, Jésus fait un dernier effort pour lever les yeux au Ciel : Mon Père s'écrie-t-il, pardonnez-leur, je vous prie, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. (...) »
Un petit papier marque également les pages 78-79 (psaume de David) : « Le Seigneur sera toujours à vos côtés, il mettra en poudre les Rois au jour de sa colère ». Emouvants témoignages à travers les siècles provenant d’un ouvrage si cher à Marie-Antoinette et Madame Elisabeth, faisant écho au Testament de Marie Antoinette rédigée sous forme de lettre à Elisabeth le jour de sa mort et dans laquelle il est question justement à de nombreuses reprises de pardon : « (…) C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. (…) Que mon fils n'oublie jamais les dernier mots de son père que je lui répète expressément : qu'il ne cherche pas à venger notre mort. (…) Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée (…) Je demande pardon à tout (sic) ceux que je connais et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. (…) Adieu, adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. (…) »
Cette Semaine Sainte a ensuite été la propriété de Dona Bianca de BORBON (1868-1949), petite-nièce du Comte de Chambord, comme l’indique une lettre de donation de son petit-fils Juan Bautista Orlandis y Habsburgo-Borbón (1928-1977) datée de 1953.

Après la mort de Louis XVI le 21 janvier 1793, la situation de la famille royale emprisonnée au Temple empira. Le 1er juillet 1793, le Comité de salut public décida de séparer le Dauphin de sa mère ; la mesure fut exécutée 2 jours plus tard le 3 juillet :

« Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couché depuis plus d'une heure, dormait profondément. (…) La Reine et Madame Elisabeth s'étaient imposé la tâche de réparer les vêtements endommagés de la famille. Assise entre elles deux, Marie-Thérèse était ce soir-là leur lectrice. Après quelques pages du Dictionnaire Historique, la jeune fille avait ouvert une Semaine sainte, et commençait à y lire des prières tirées des saintes Écritures. Ce livre qui appartenait à Madame Elisabeth, avait été introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant Pâques. La Reine et sa sœur, tout en écoutant la lecture, avaient l'oreille et les yeux tournés vers le lit qui renfermait l'être si cher à leur cœur, et souvent, pour mieux entendre sa respiration, elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs mains. La veillée allait ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent (…) Six commissaires entrent dans la chambre (…) ‘Nous venons vous notifier l'ordre du comité de salut public, portant que le fils Capet sera séparé de sa mère et de sa famille.’ La Reine à ces mots se lève, et, pâle, tremblante de frayeur, elle s'écrie : ‘M'enlever mon enfant ! Non, non, cela n'est pas possible.’ Marie-Thérèse, debout près de sa mère, semblait repousser avec elle un ordre si dur ; Madame Elisabeth, le cœur serré, regardait muette et immobile, et, les mains étendues sur le livre saint, paraissait prendre Dieu à témoin de l'impossibilité d'une pareille cruauté. » Alcide de BEAUCHESNE, La Vie de Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, Paris, Plon, 1869. Tome II, p. 133-134.

A. de Beauchesne précise ensuite (dans une note p. 133) que le Dictionnaire historique en question avait été demandé le 14 juin et mis à leur disposition le 23 : « (…) Nous, membres du conseil général de la Commune, de service au Temple, donnons le récépissé de quatre volumes intitulés : Dictionnaire historique, Oeuvres de Voltaire, qui ont été transportés à la Tour. Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la République française une et indivisible. Mennessier, membre du conseil général ; Dangé. »

Aux armes de la reine Marie Leszczynska, notre Office de la Semaine Sainte dut emprunter une filière plus clandestine, par l’intermédiaire de la duchesse de Sérent, ancienne dame d’honneur de Madame Elisabeth et d’un nommé de Turgy, serviteur au Temple. Cléry, valet de chambre de Louis XVI au Temple, parle de ce dernier dans ses Mémoires : « un serviteur très-fidèle nommé Turgi, garçon servant de la bouche du Roi, et qui, par attachement pour sa Majesté, avait trouvé le moyen de se faire employer au Temple, avec deux de ses camarades, Marchand et Chrétien. Ils apportaient dans la tour les repas de la famille royale préparés dans une cuisine assez éloignée ; ils étaient en outre chargés des commissions d'approvisionnements, et Turgi, qui partageait avec eux cet emploi, sortant du Temple, à son tour, deux ou trois fois la semaine, pouvait l'informer de ce qui se passait. » Jean-Baptiste Cléry, Journal de ce qui s’est passé à la Tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI, Paris, Chaumerot, 1816, p. 65-66

Dans ses propres mémoires (Fragmens historiques recueillis au Temple par M. de Turgy (in) Mémoires historiques sur Louis XVII, roi de France et de Navarre, par Jean ECKARD, Paris, Nicolle, 1818), De Turgy précise la nature de ses contacts avec Madame de Sérent :
"Madame la Marquise (aujourd'hui Duchesse) de Sérent était le point principal de correspondance de la Reine et de Madame Elisabeth. Je passais dans sa maison pour son agent d'affaires, et l'on avait ordre de me laisser entrer à toute heure du jour et de la nuit. On sait quel grand caractère et quel noble dévouement cette Dame montra dans tous les dangers de la Famille Royale et dans un grand nombre de circonstances si périlleuses pour elle-même." (p. 351)
Peu après, il cite un billet que lui fit parvenir Madame Elisabeth :
« Vers la fin de mars, des rapports faits au Conseil général, contre Toulan et plusieurs de ses collègues, rendirent plus défians les commissaires chargés du service. Il fallut recourir aux billets. Madame Elisabeth m'écrivit :
‘La phrase de M. nous a fait bien plaisir. (Monsieur, Frère du Roi, s'était déclaré Régent du Royaume). Comme il est bien important que notre secret ne soit connu de personne, ne parlez pas de nos moyens de correspondance. Vous donnerez ceci (un billet) à la personne chez laquelle vous avez été samedi. Donnez-lui de quoi faire paraître l'écriture. Ne me rendez réponse surtout que mardi, pour ne pas multiplier les paquets. Avaient-ils l'air de vouloir découvrir par qui on avait des nouvelles et d'en parler au Conseil Général ? J'ai trouvé le livre.’
(C'était une Semaine sainte que Madame Elisabeth m'avait demandée.) » (p. 362-363)

La ‘Liste des livres de Madame portés à Paris’ (Archives nationales, cotes K//496-K//530/29 et K//505-K//507/4 9), établie lors de l’installation de la famille royale aux Tuileries et du déménagement partiel du château de Montreuil (propriété de Madame Elisabeth) fait bien mention d’une Semaine Sainte. Madame de Sérent avait donc du se procurer ce livre dans l'appartement de la princesse aux Tuileries, faisant fi des scellés, avant de le confier à Turgy pour qu’il soit remis à la Reine et sa belle-soeur.

Marie-Antoinette quitta le Temple pour être transférée à la Conciergerie le 2 Août et monta sur l’échafaud le 16 octobre. Si les affaires personnelles de Louis XVI furent brûlées quelques mois plus tard, il en fut très certainement de même pour celles de Marie-Antoinette (on sait notamment que ses cheveux coupés sur l’échafaud furent brûlés directement pour ne pas servir de relique) ; ironie de l’histoire, les archives du Temple et celles de la garde-nationale, subirent le même sort lors de l'incendie de I'Hotel-de-Ville de Paris, sous la Commune. Ce souvenir historique sauvé des aléas de l’histoire et du temps et soigneusement conservé durant les siècles n’en est que plus précieux.
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