ART MODERNE & ECOLE DE PARIS
Mercredi 26 Juin 2019 - 14H
Hôtel Drouot, Salle 1


 
Les œuvres du XIXème ouvriront la vente d’Art Moderne par la dispersion de collections dont les provenances traduisent un goût éclairé. Les femmes seront à l’honneur, notamment grâce à une Naissance de Vénus par Emile René Ménard, à la Figure couchée ou rêverie de Jean-Jacques Henner ou encore au travers d’un délicat ensemble de Jules Chéret.

La vague impressionniste sera portée entre autre par des ensembles cohérents d’œuvres de Gustave Cariot et d’Emile Bernard et par le vent frais soufflé par les Elégantes sur la pointe de Bihit, Bretagne d’Eugène Montezin.

Francis Picabia marquera la vente de sa présence par un ensemble d’œuvres illustrant les différentes périodes de son art : d’une toile post-impressionniste de 1907 à une pin-up réalisée plus de trente ans après, en passant par un bel ensemble de dessins, au sein desquels une transparence suscitera votre attention. Il promènera ainsi son pinceau au fil de la vente, faisant office de passeur entre post-impressionnisme et moderne.

La présence surprenante de Pierre Molinier et d’Auguste Forestier, aux recherches faisant réfléchir sur le processus même de création, apportera une touche fraîche et anticonformiste, entre surréalisme et art brut.

La touche colorée et spontanée de Gen Paul, dont un bel ensemble passera sous le marteau, saura également faire vibrer le regard.


 
Paul Désiré TROUILLEBERT
Paul Désiré TROUILLEBERT (Paris 1829-1900)
Le chemin de fer de ceinture de Charonne, vers 1888

Huile sur toile d'origine, 38,5 x 55,5 cm, Signé en bas à droite Trouillebert
Porte sur la traverse du châssis une ancienne étiquette manuscrite très peu lisible
Provenance: Collection particulière
Un certificat de Messieurs Maier & Müllerschön sera remis à l'acquéreur
Notre tableau est la troisième version avec légères variantes des n° 0210 et 0211 reproduits in: Paul Desiré Trouillebert 1831 - 1900 catalogue raisonné de l'œuvre peint.
Trouillebert immortalise ici le fourmillement des travaux aux abords de la gare de marchandises de Charonne en 1888.

Estimation : 20 000/30 000€
 
Jean Baptiste OLIVE

 
Jean Baptiste OLIVE (Marseille 1848 - 1936)
Nature morte aux oranges, faïences et verreries

Huile sur toile d'origine, 50 x 38 cm, Signé en bas à droite JB Olive
C’est tout le charme des tableaux du XIXème qui transparait dans cette œuvre. Ambiance intimiste, fruits aux couleurs chaudes, reflets et motifs délicats servent de sujet à cette nature morte.

Estimation : 6 000/8 000€


 
Jean-Jacques HENNER

Jean-Jacques HENNER (Bernvillier 1829 - Paris 1905)
Figure couchée ou Rêverie

Huile sur toile d'origine, 50 x 64,5 cm
Porte au dos la marque au pochoir du marchand de toile Binant
Porte sur la traverse du châssis l'inscription à la craie bleue 4373
Nous remercions Madame Isabelle de Lannoy de nous avoir confirmé l’authenticité de l’œuvre qui sera incluse au volume 3 du catalogue raisonné de l’œuvre de l’artiste actuellement en préparation.
« Que m’importe le sujet dans un tableau ? Voyez telle œuvre. Qu’y a-t-il ? Deux taches blanches qui sont des femmes, sur une tache verte et une tache bleue, qui forment un fond d’arbres et un ciel. Où est le sujet ? ».
Est-ce le paysage qui idéalise le nu ou bien le nu qui enivre le paysage ? Dans l’œuvre de Henner, l’un et l’autre se confondent pour donner à voir, toute entière, une vision rêvée voire fantasmée.
La chevelure rousse attire le regard sur un nu voluptueux et languissant, tandis que la même teinte ambrée vient capturer l’œil pour le perdre à son tour sur le paysage romantique. Mêlant idéalisation, réalisme, romantisme, mythologie, cette œuvre voluptueuse, nimbée de sensualité, nous capture et nous emporte dans un univers idéal, à rapprocher d’Idylle, 1872 conservée au musée d'Orsay.

Estimation : 5 000/ 7 000€


 

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Picabia et le rapport à l’impressionnisme
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Lorsque son grand-père, le photographe Alphonse Davanne, aurait annoncé la fin prochaine de la peinture, Picabia lui aurait répondu « A moins que nous ne fassions des tableaux autres que ceux où l’on copie servilement la nature ».

Les châtaigniers à Munot, effet de soleil, 1907, est le témoin parfait de cette volonté de dépasser la photographie réaliste, de renoncer à la copie des formes extérieures pour voir plus loin, plus profond que la surface des choses, au-delà des apparences.

Plus ardent que jamais, l’été offre sa lumière puissante, les foins brillent, les arbres prennent vie. Si c’est la lumière qui nous éblouit, ce sont les ombres qui se jouent de notre œil et font naître les formes. Même les ombres ne sont que couleurs, vibrantes et miroitantes ; un fin filet violet vient caresser les foins, suggestion d'une oasis paisible de fraicheur que le personnage délaisse pour profiter des feux de l’été.

C'est dans une valse perpétuelle que l'artiste emporte notre regard. Jamais il ne se fixe, découvrant une nouvelle teinte ou un nouveau mouvement entre les arbres, qui se confondent subtilement entre les divers plans. Dans cet immuable flot une fenêtre s’ouvre sur la lumière estivale.

C’est ainsi que l’ambiance des paysages de Pissarro et Sisley guide le pinceau de Picabia dans cette œuvre néo-impressionniste.

L’impressionnisme fut en effet aux yeux de Picabia « le cordon ombilical qui [lui] permit de développer[ses] poumons, d’apprendre à marcher ». L’œuvre est ainsi empreinte des inspirations néo-impressionnistes de Picabia, s’inscrivant dans le sillage de Camille Pissarro auquel il emprunte notamment l’attention portée au traitement des arbres et à l’harmonie des couleurs.

Entre dépendance et influences dans une perpétuelle recherche esthétique

Cette période témoigne également du lien de Picabia vis-à-vis des images mécaniques, notamment du travail à partir de photographies ou de cartes postales. Mais au-delà de cette analyse, c’est bien l’idée de l’instant figé dans la photographie que Picabia défie.

Cette dépendance de Picabia tant à l’image préexistante qu’aux esthétiques et courants antérieurs, imprègne fortement ses expériences artistiques et vient nourrir sa réflexion sur l’art, qui selon lui « ne se limite pas lui-même, [mais] se continue ».

Toujours dans cette idée il affirme : « je n’ai aucun désir de dominer, je ne veux que dominer mes œuvres. Un tableau ne doit être d’aucune époque, il doit concentrer ses propres besoins et non ceux d’une époque, mais la dominer. […] Il n’y a ni premiers, ni derniers artistes ».

Il lui incombe donc de s’approprier ces sources et de s’obliger à trouver une place à son art, respectant l’idée de Cézanne qu’il cite et selon laquelle « en art, on est révolutionnaire ou plagiaire ».

Evoquant la quête d’esthétique de Picabia, L. Roger-Milès dans le catalogue de l’exposition de février 1905 à la Galerie Haussmann, affirme « c’est l’observation constante qu’il a de la nature, qui lui permet de passer d’un effet à un autre, avec tant de bonheur : et c’est elle, l’infatigable génératrice d’art, qui guide son jeune et ferme talent, dans sa mission de beauté ».

« Mon évolution ? Comparez-la, si vous le voulez, à celle d’une plante dont les fortes racines lui permettent d’aboutir en mille feuillages ».

Cette œuvre fait partie d’une série, et est à rapprocher de l’œuvre de 1906 Les châtaigniers (les châtaigniers, effet de soleil, Munot, Nièvre) exposée sous le n°26 dans l’exposition 1907. Elle fait également écho à l'œuvre Les châtaigniers de 1907, provenant de la collection de The Honorable David Montagu, exposée à la Matthiesen Gallery de Londre en 1959 (n°8) et au Salomon R. Guggenheim Museum de New York en 1970 (n°6) et reproduit au Tome 1 du catalogue raisonné Picabia sous le numéro 313, et dans l'ouvrage de Maria Luisa Borràs de 1985 sous le numéro 53.

 
Francis PICABIA (Paris 1879 - 1953)
Les châtaigniers à Munot, effet de soleil, 1907

Huile sur toile d'origine, 73 x 92 cm
Signé et daté en bas à droite Picabia 1907
Porte sur le châssis l'inscription à la craie bleue Les châtaigniers à Munot, effet de soleil, 1907, ainsi que sur la traverse du châssis l'inscription à la craie bleue Loué + 3032; et sur une ancienne étiquette 182
Provenance : Vente de tableaux modernes par Maîtres Laurin, Guilloux, Buffetaud, Tailleur, à Paris, Palais d’Orsay, le 13 décembre 1977, n° 161, reproduit
Collection particulière, une copie du certificat du comité Picabia sera remise à l'acquéreur.
Picabia, « artiste vibrant et sincère, que sa passion pour nos campagnes et nos champs a conduit à vivre en pleine Nature » Edouard André, Exposition Francis Picabia, Le Petit Journal, 2 février 1907.

Estimation : 120 000/150 000€


Francis PICABIA (Paris 1879 - 1953)
Nue de face

Vers 1942 - 1943
Technique Mixte sur Carton, 76 x 51,5 cm
Signé en bas à droite Francis Picabia
Un certificat du Comité Picabia sera remis à l'acquéreur.
Véhiculant des effluves hédonistes, cette femme entre stéréotype et fantasme s’impose au regard de l’observateur. Picabia laisse courir sa touche large et libre, pour faire naitre des carnations détentrices de lumière.
Consciente de son charme, la chevelure flamboyante, ses formes pulpeuses et outrageuses s’expriment sur un fond bleu céruléen.
Icône des années 40, où le souvenir d’un temps rétrospectivement plus heureux contraste avec le pressentiment des années qui s’annoncent. Ressentant ce basculement, Picabia écrit dans Chants de la queue de poisson, « Nous étions nus au soleil / ici c’est la nuit partout ».
S’ouvre alors une période pendant laquelle l’artiste, s’opposant à la nuit, créé des œuvres soufflant un parfum de libération et de naturel. Des femmes nues s’épanouissent sous son pinceau. Ce sujet et son traitement font écho aux avant-gardes photographiques de l’entre-deux-guerres.
Là encore Picabia se nourrit d’influences et puise son inspiration dans des revues de charme telles que Paris Sex Appeal, Paris Magazine ou Paris Plaisir et dans des photographies de stations balnéaires, notamment réalisées par Jean Moral, pour parfois offrir un cadre à ses sujets.
De son évolution esthétique perpétuelle, il expliquera à Léonce Rosenberg : « mon esthétique actuelle provient de l’ennui que me cause le spectacle de tableaux qui m’apparaissent comme congelés en surface immobile, loin des choses humaines ».
Notre tableau est à rapprocher du Nu (de face) vers 1942 ainsi que de la Femme nue vers 1942-1943.

Estimation : 50 000/80 000€



Francis PICABIA (Paris 1879 - 1953)
Transparence

Crayon sur papier, 25,5 x 17,5 cm
Signé en bas à gauche Francis Picabia
Quelques rousseurs du papier
Provenance: Collection particulière

Estimation : 15 000/20 000€


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Pierre Eugène MONTEZIN
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Si l’on pense que ce furent les parties de campagne, la chasse et la pêche, passions partagées avec son père qui influencèrent l’inspiration et l’art d’Eugène Montezin, c’est oublier à quel point son admiration pour Claude Monet favorisa ses choix. La lumière et les contrastes de couleurs des premiers tableaux s’inscrivent dans le courant impressionniste. Notre tableau est à rapprocher du tableau de Claude Monet, Promenade sur la falaise, Pourville, 1882 The Art Institute of Chicago.
"Devant vous un arbre, une maison, un champ ou quoi que ce soit. Pensez seulement à ceci : voici un petit carré de bleu, de rose, un ovale vert, une raie jaune et peignez exactement comme ils vous apparaissent." - Claude Monet







Pierre Eugène MONTEZIN (Paris 1874 - Moëllan 1946)
Elégantes sur la pointe de Bihit, Bretagne

Huile sur toile, 50 x 65 cm
Signé et dédicacé en bas à gauche à nos chers amis … Loff Montezin
Un certificat de Monsieur Cyril Klein-Montezin sera remis à l'acquéreur.
Estimation : 20 000/30 000

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André BRASILIER
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André BRASILIER (Né en 1929)
Le polo de Bagatelle, 1962

Huile sur toile d'origine, 81 x 100 cm
Signé en bas à gauche André Brasilier
Nous remercions M. Alix Brasilier de nous avoir confirmé l'authenticité de cette œuvre.
C’est tout l’univers équestre de l’artiste qui s’épanouit sur un grand format, de par une belle composition riche en personnages. Dans l’ambiance des courses, les cavaliers s’affairent sur leur monture, les écuries en arrière-plan.

Estimation : 50 000/70 000€
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EXPERTS
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Tableaux : Cécile RITZENTHALER
Livres : Cabinet Poulain, Elvire Poulain Marquis, présentera les lots 235 à 238

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CONTACTS
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Responsable Alix CASCIELLO
Tel +33 (0)6 60 08 20 61 - acasciello@millon.com

Lucina MASTRANGELO
Tél +33 (0)1 47 27 76 72 - artmoderne@millon.com

Nous remercions Julia DRAGONE pour sa collaboration.

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EXPOSITIONS PUBLIQUES
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Mardi 25 juin de 11h à 18h
Mercredi 26 juin de 11h à 12h

Expositions privées sur rendez-vous à l’étude :
Du lundi 10 juin au vendredi 21 juin 2019
5 avenue d’Eylau, 75116 Paris - Tel. +33 (0)1 47 27 76 72